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Sénégal

Bienvenue chez les laitiers de Kolda

Publié le 03/05/2017 - 11:31
La traite au village de Bantancountou Maounde, près de Kolda. Photos : Antoine hervé

Saloum est éleveur, Saïdou est transformateur, Ibrahima est fromager, Souleymane est coordinateur de la fédération des producteurs de lait, Daouda est collecteur... Nous les avons rencontrés chez eux, dans leurs fermes, laiterie, fromagerie. À côté des vaches, des ânes qui braient, de la poussière, des enfants qui jouent, des dames qui cuisinent, de la mosquée en construction. Rencontres avec les acteurs de la filière lait de Kolda, en Haute-Casamance.

 

Trois enfants passent devant nous à pas cadencés. Ils marchent pieds nus, munis de récipients de fortune. « Ce sont des talibés, explique Saïdou Baldé, 55 ans, notre hôte du jour. Leurs parents les ont placés chez des maîtres coraniques qui leur enseignent le Coran. N’ayant pas de quoi les nourrir, ils les envoient quémander sur les routes… ».

 

Daouda vient d’arriver. Il porte quatre Jerricans de lait solidement attachés sur le porte-bagages de sa moto chinoise. 80 litres au total. « Je les ai achetés à quinze producteurs de six villages », dit-il. En déchargeant les bidons, il poursuit : « J’achète le litre à 250 francs au producteur (0,38 €) et le revends 300 à Saïdou. Si j’enlève l’essence, je gagne 3 000 francs dans la journée (4,50 €) ».

 

Nous sommes à Kolda, en Haute-Casamance. Une langue de terre au sud du Sénégal, coincée entre la Gambie et la Guinée-Bissau. Le reportage va bien. Pourtant, il avait mal commencé. Souleymane Baldé, chargé de m’accueillir à l’aéroport, ne m’a pas trouvé sur la liste des passagers en provenance de Dakar. Et pour cause : seuls mes deux prénoms étaient inscrits. Erreur. Dans la salle d’arrivée, un groupe de chasseurs français, arrivé par le même avion, est déjà en fête avec ses hôtes.

 

Souleymane Baldé est le coordinateur de la fédération des producteurs de lait de la région. Il est aussi le relais de l’association Afdi (Agriculteurs français et développement international), version Bourgogne - Franche-Comté. À Kolda, cette association est logée dans les bureaux de l’ONG française AVSF (Agriculteurs et vétérinaires sans frontières). Le tout est en partie financé par l’AFD (Agence française de développement). Suivez…

 

Revenons chez Saïdou. Avec sa femme et sept enfants, il est l’un des seize transformateurs de lait de la région. Il achète le précieux liquide à une centaine de producteurs autour de Kolda pour le transformer en lait frais pasteurisé, qu’il vend en sachets plastiques, lait caillé ou yaourts. « Cela marche bien, dit Saïdou. Les gens aiment ce produit frais, et peu de gens le font dans la région ».

 

 

Pas plus d'un à deux litres de lait par jour

Saïdou achète son lait aux éleveurs de la région. « Ici, les troupeaux comptent de 10 à une centaine de vaches », explique Souleymane. Problèmes : le fourrage est souvent maigre par manque de pluie ; la génétique pas au top malgré quelques essais de croisements, notamment avec la Montbéliarde ; et, faute de moyens, les techniques d’élevage et de traite ne flirtent pas toujours non plus avec les sommets.

 

 

 

Résultat : les vaches ne lâchent guère plus d’un à deux litres de lait par jour. « Chaque transformateur se partage de 50 à environ 400 litres à transformer quotidiennement », précise Saïdou. Ces mini-laiteries se débrouillent souvent avec les moyens du bord. Mais les résultats sont là. 

 

 

Comme chez Saïdou où les yaourts, le lait frais ou caillé et les fromages sont de bonne facture. Et, apparemment au goût des locaux : les écoliers d’en face se succèdent à un rythme soutenu pour acheter les sachets de lait (200 F le quart de litre pasteurisé, 0,30 €). Pas de bidon ou de bouteille ici, cela reviendrait trop cher. Revers de la médaille : il y a toujours trop de plastique qui traîne.

Les affaires étant bonnes, Saïdou a acheté un Citroën Berlingo. Cet utilitaire d’occasion « vient d’Espagne, dit-il en tapotant la carrosserie. Il a sept ans et demi, Je l’ai payé 3,8 millions de francs (5 800 €) ». Petit souci, Saïdou « n’a pas encore le permis ». Pas grave, un collègue prend le volant pour nous emmène au périmètre maraîcher d’à côté.

Mais revenons à nos fromages. Précisément, chez Ibrahima Fall, toujours à Kolda. L’homme avoue 70 ans mais en paraît dix de moins. « Une bonne hygiène de vie et un bon fromage ! », rigole-t-il. Ibrahima est… fromager. « Je suis l’un des deux ou trois vrais fromagers en lait de vache du pays ! », s’enflamme-t-il. Dans son atelier, le personnel porte la charlotte ; l’atelier est fait d’inox et de carrelages... Seules les moules sont de fabrication maison. « Nous les avons fabriqués sur place sur la base d’une photo », argumente Ibrahima. Pas mal. Sans compter qu’au goût, les tommes, mozzarelles, catiotas et autres fromages frais ont belle allure.

Ibrahima raconte qu’il a étudié la technique fromagère à l’École nationale de l’industrie laitière (Enil) de Besançon Mamirolles, dans l’est de la France. En lien avec l’Afdi Bourgogne - Franche-Comté bien sûr. Il dit qu’il vend ses fromages à des expatriés, des cadres, dans des hôtels... Et que le président sénégalais Macky Sall, lui-même, lui a rendu visite sur un Salon local. En témoigne la photo un peu gondolée qu’il nous tend.

Ibrahima sort une coupure d’article : l’histoire d’un Russe revenu au pays pour produire des fromages en pleine toundra. « Je veux faire pareil ! », dit-il. D’ailleurs, il revient de brousse : « Je suis allé former des gens à la collecte du lait, près de la frontière de la Guinée, parce que je veux produire du fromage sur place, en brousse », martèle-t-il.

 

Des ânes pour le maïs

Celui qui m’a amené sur sa moto - toujours chinoise -, c’est Saloum Mballo. Cet éleveur de 48 ans, père de neuf enfants, est secrétaire général de la fédération des producteurs de lait. Sa ferme se situe à Bantancountou Maounde (dur à dire), à quinze kilomètres de Kolda. Là aussi où Souleymane Baldé, le coordinateur de la fédé, à un troupeau.

 

 

Le soleil descend dans le ciel. Les troupeaux arrivent, la poussière monte. Au puits, les 70 vaches et zébus de Saloum boivent la même eau que le troupeau de Souleymane. La même eau aussi que la vingtaine d’ânes du village qui nous braient dans les oreilles. Souleymane rigole : « On se sert de ces ânes pour semer le maïs », explique-t-il en montrant une brousse sablonneuse. On imagine mal qu’elle contiendra du maïs quelques semaines plus tard quand les pluies arriveront.

 

La nuit est tombée sur Bantancountou. Entouré de toute la troupe de ses aïeux, Souleymane offre un couscous de mil arrosé de lait frais et d’eau du puits. Il fait chaud. Quelques enfants jouent dehors. D’autres regardent l’unique télé, un peu brouillée, de la tribu. La moustiquaire est déjà sur le lit. Je vais m’endormir des images plein les yeux, le palais flatté et le ventre bien rempli. Encore une fois, merci l’Afrique.

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