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Maroc

Lait, fromage, savon... : la chamelle à toutes les sauces

Publié le 19/01/2018 - 17:25
Les  packs de lait de chamelle d’un demi-litre sont vendues 10 dirhams, soit presque le double du lait de vache. Photo : François Brey

L’objectif du plan Maroc Vert est d’atteindre 10 000 tonnes de lait de chamelles en 2020, contre environ 5 000 tonnes aujourd’hui. Le fromage et la cosmétique valorisent également ce lait riche en Oméga 3 et en vitamine C.

 

Au Sud du Maroc, Dakhla, anciennement Villa Cisneros, du temps du Sahara espagnol, est passée en quelques décennies de la taille d’une bourgade aux maisons de pisée, comme la décrivait Saint Exupéry, au rôle de véritable métropole régionale avec plus de 100 000 habitants. 

Étape quasi incontournable pour les pilotes de l’Aéropostale, Dakhla se revendique aujourd’hui comme un axe de communication majeur entre le Maroc et sa profondeur africaine. La ville était aussi le théâtre de la 2e Foire agricole internationale de la ville, sous le thème « Nourrir l’Afrique, nourrir le monde » (du 26 au 29 septembre). 

"Au désert, le chameau est le maître"

Cette Foire s’inscrit dans le cadre du plan Maroc Vert dont un des objectifs est de développer l’agriculture des provinces du Sud pour un budget global de 77 milliards de dirhams durant la décennie 2016-2025. Le logo de l’événement : une tomate posée sur la bosse d’un dromadaire représente bien les deux grands axes de développement de la région de Dakhla, désert de steppes et de dunes plongeant dans l’océan Atlantique. C’est la terre des tribus Réguibats ou Ouled Delim, nomadisant avec leurs chameaux du Sahara occidental à la Mauritanie. La revalorisation des camélidés, longtemps dédaignés par les pouvoirs publics, s’inscrit aujourd’hui dans la politique de développement de cette région.

Longtemps dédaigné par les pouvoirs publics, l’élevage  de chameaux est aujourd’hui revalorisé dans la région de Dakhla, au Sud du Maroc. Photo : François Brey

 

La couverture de la revue La Voix de la Chambre donne le ton avec la phrase d’accroche : « Au désert, le chameau est le maître ». Sur le stand de la laiterie Halib Dakhla, le lait de chamelle est à l’honneur, conditionné en emballage cartonné d’un demi-litre vendu 10 dirhams, soit presque le double du lait de vache. 

Le lait peine à cailler

La coopérative Ajban Dakhla présente son fromage frais conditionné sous vide. Le fromage de chamelle est le produit phare de la foire. Il a même été récompensé par un honorifique « Label Agricole » à l’occasion du Siam 2017.

La fabrication du fromage est difficile car le lait de chamelle peine à cailler. Heureusement, l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat a élaboré une présure spéciale « lait de chamelle ». 

Le fromage au lait de chamelle fait aussi partie des produits à développer. Photo : François Brey
Aujourd’hui, la coopérative produit une vingtaine de kilos par semaine soit 200 fromages de 100 g vendus 25 dirhams pièce. La clientèle est surtout constituée de touristes, marocains ou étrangers. Soigneusement conditionnés sous vide, c’est le produit « terroir » par excellence. Sans compter ses vertus diététiques : lactose moins allergène que celui du lait de vache, richesse en oméga 3 et 6 et en vitamine C.

La production annuelle de lait de chamelle au niveau régionale était estimée à 5 000 tonnes en 2008. Dans le cadre du plan Maroc Vert, l’objectif est d’atteindre 10 000 tonnes en 2020, plus 17 tonnes de fromages. 

En cosmétique aussi

Le chameau fait aussi incursion dans le domaine de la cosmétique avec le savon au lait de chamelle de la société Al Janoub de Laayoun ou la crème à base de graisse de dromadaire pour soulager les douleurs articulaires.

 

Élevage intensif ou extensif ?
Une des dernières animations de la Foire a été la projection du documentaire d’Arte « Les Superdromadaires du Désert ». Ce documentaire, qui présente les aspects modernes de l’élevage,
a interloqué les éleveurs présents qui pratiquent un élevage extensif traditionnel. La question sur la légitimité d’élever le dromadaire en élevage intensif ou semi-intensif avec apport de fourrage a été soulevée. De même que l’utilisation de la machine à traire pour les chamelles comme cela se pratique au Moyen-Orient. L’avenir nous dira…

Commentaires

Bonjour,

Bravo aux Brey, dont la passion pour les camélidés est contagieuse! Très bel article qui revisite une filière à développer sous nos latitudes

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