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Michael Uguru, professeur à l’université de Nsukka, Nigeria

«  Pas de sol, pas de nourriture  »

Publié le 08/09/2016 - 16:00
Michael Uguru est professeur en sciences végétales à l’université de Nsukka, dans le sud-est du Nigeria. Photo : DR

Des chercheurs exhortent les Nigérians à préserver le sol. Leur slogan : « Pas de sol, pas de nourriture ». À la tête de cette campagne se trouve le professeur Michael Uguru, de l’université de Nsukka. Nous l’avons rencontré.

Comment définissez-vous le sol ?
Michael Uguru :
Le sol constitue le système le plus complexe étudié par la science. Il se compose de substances organiques et inorganiques, de composés solides, liquides et gazeux. Il renferme de grandes quantités d’organismes vivants et constitue le milieu soutenant la vie dans son acception la plus large. L’agriculture a longtemps reposé sur l’hypothèse selon laquelle le sol constituait une ressource inépuisable pour une production en croissance perpétuelle. Pourtant, le sol doit être considéré comme une ressource non renouvelable essentielle à la production d’aliments, qu’il importe de préserver.
 

La production d’aliments, est-ce là le seul rôle du sol ?
M. U. :
Non, il assure au moins cinq fonctions significatives pour la vie humaine :
• la production de biomasse par l’agriculture et la sylviculture ;
• une action de filtrage, de tampon et de transformation entre l’atmosphère, les eaux souterraines et le couvert végétal, protégeant l’environnement et préservant la chaîne alimentaire et les réserves d’eau potable ;
• un habitat biologique et une réserve de gènes beaucoup plus importants que toute la biomasse au-dessus ;
• une source de matières brutes – argile, sable, gravier… – pour la construction et comme réserves d’eau et d’énergie ;
• un patrimoine géologique et culturel qui recèle de trésors paléontologiques et architecturaux d’une très grande valeur pour l’histoire du genre humain.

Pourquoi avoir lancé une campagne contre la dégradation du sol au Nigeria ?
M. U. :
Parce que leur dégradation progresse quotidiennement à cause d’une mauvaise gestion. Pourtant, sans le sol, il n’y a pas de nourriture, pas d’eau, pas de place pour construire des maisons, pas de place pour les animaux… Raison pour laquelle je pense que nous devons préserver le sol et éviter tout ce qui pourrait entraîner sa dégradation. Si la dégradation des sols se poursuit, il sera difficile pour notre pays, le Nigeria, d’atteindre la sécurité alimentaire. Ce n’est pas un secret, on aura toujours une bonne récolte avec un sol bien conservé. A contrario, les mauvaises récoltes que nous enregistrons s’expliquent par l’échec de la protection et de la préservation du contenu du sol. Il faut donc faire en sorte que les effets du changement climatique n’affectent pas les sols. Pour ce faire, je demande au gouvernement de créer des cellules de sensibilisation afin d’informer les Nigérians de l’importance du sol et éduquer les agriculteurs sur le fait que la qualité du sol détermine la qualité et la quantité des récoltes. C’est là toute l’idée de notre campagne contre la dégradation des sols.

Quand on parle de dégradation de sol, de quoi s’agit-il au juste ?
M. U. :
La dégradation des sols est un changement dans l’état de santé du sol. Il entraîne une diminution de la capacité de l’écosystème à fournir des biens et services pour ses bénéficiaires. Certaines activités agricoles contribuent à ces effets nocifs, mais il ne faut pas perdre de vue que l’industrie, l’urbanisation, la construction de routes, les incendies, la pression démographique et les changements climatiques jouent également un rôle important dans la dégradation des sols.

C’est-à-dire ?
M. U. :
Les sols sont exposés à une dégradation physique, chimique et biologique : l’érosion, la désertification, la saturation en eau. De même, la déforestation, le pâturage excessif, certaines pratiques culturales, l’élimination du couvert végétal ou des haies peuvent exacerber ces manifestations. Les besoins croissants en eau, la mécanisation et les labours parfois excessifs ne sont pas étrangers à cette dégradation. Quant à la dégradation chimique, elle est caractérisée par l’acidification, la salinisation et la contamination par des micropolluants : pesticides et leurs métabolites, métaux lourds et les nutriments…

Comment peut-on pallier ce problème ?
M. U. :
D’abord, il faut noter que ces dégradations sont également dues à l’abandon des méthodes traditionnelles de culture. Dans le passé, l’agriculture traditionnelle assurait la préservation à long terme de la fertilité des sols. Les dispositifs anti-érosion, l’intégration des substances organiques, l’assolement, etc. étaient autant de pratiques bien connues des agriculteurs du Nord et du Sud du Nigeria. Il suffit de revenir à ces bonnes pratiques.

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