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Cuniculture

Quels facteurs de réussite d’une bonne saillie de ses lapines ?

Publié le 26/06/2017 - 14:30
La réceptivité des lapines varie au cours d’un cycle, ici chez Mamadou Soro à Anyama (Côte d’Ivoire). Photos Techna

Contrairement à la plupart des mammifères domestiques, la lapine ne présente pas de cycle œstrien régulier avec apparition des chaleurs. À l’éleveur alors de trouver le moment le plus opportun pour pratiquer l’accouplement. Voici quelques précautions à prendre pour des saillies fructueuses chez vos lapines.

 

Vérifier la réceptivité

L’âge de la puberté varie avec la race et les conditions d’élevage des lapines. Les femelles peuvent être saillies dès l’âge de quatre mois et doivent avoir atteint environ 75 % de leur poids adulte. L’accouplement doit toujours avoir lieu dans la cage du mâle et préférentiellement tôt le matin ou le soir, aux heures les plus fraîches. Pour que l’accouplement se passe au mieux, vérifiez l’état de santé de la lapine ainsi que sa réceptivité. La vulve doit être rose foncé. Une vulve rose pâle, blanche ou violacée, sera au contraire signe d’une faible réceptivité. L’acceptation par la femelle doit avoir lieu rapidement après son introduction dans la cage. Il faut laisser les choses se faire naturellement et en aucun cas les forcer. Le moindre signe de non-acceptation de la femelle nécessite une sortie immédiate afin d’éviter tout affrontement. Il est conseillé de faire saillir la femelle deux fois avant de la retirer de la cage pour maximiser ses chances de gestation. Il est possible de remettre la femelle à la saillie 10 jours plus tard. Attention à bien surveiller son comportement : une femelle non gestante se laissera à nouveau saillir. Par contre, si elle est déjà gestante, elle refusera le mâle et il faudra la retirer de la cage pour éviter tout comportement agressif.

 

Trois doubles-saillies maximum par semaine pour le mâle adulte

Les caractéristiques de la semence ainsi que la libido varient selon les races mais aussi entre individus d’une même race. Tout comme pour les femelles, il est donc important de consigner les résultats de performances des mâles sur des fiches individuelles. Ainsi obtiendra-t-on une meilleure sélection des individus afin d’optimiser les résultats de reproduction de l’élevage.

Les jeunes mâles peuvent être mis à la reproduction à l’âge de 5 ou 6 mois. Lors de la première semaine de mise à la reproduction, on doit se limiter à une double-saillie. Il est ensuite possible de passer à 2 la deuxième semaine, puis au maximum à 3 à partir de la troisième semaine et pour les semaines suivantes. Il ne doit pas y avoir plus d’une double-saillie par mâle et par jour. Le deuxième éjaculat est moins important en volume mais contient beaucoup plus de spermatozoïdes. Il est d’autre part important de respecter un délai minimum d’1 journée entre 2 saillies, la fréquence de mise à la reproduction ayant une incidence directe sur la quantité et la qualité de la semence.

 

Adapter le rythme de reproduction des femelles

Le rythme de reproduction doit être calibré en fonction des saisons, de la taille de la portée qui vient de naître, de l’âge et de la condition physique de la femelle, de la qualité de l’aliment distribué, ainsi que des besoins de l’éleveur en matière de production de lapin de chair. Un délai inadapté entre la mise-bas et l’accouplement risque de fatiguer les femelles. Cette fatigue peut avoir des conséquences négatives importantes sur les performances de reproduction des lapines et leur carrière future.

Si les lapines ont accès à une alimentation peu riche (fourrage, aliment complet très rationné) il est préférable d’attendre le sevrage pour remettre les femelles à la saillie, et ainsi ne pas risquer de trop les fatiguer avec un rythme de reproduction trop intensif.

Avec un aliment complet équilibré, le délai de mise à la saillie sera alors à adapter en fonction de la taille de la portée précédente :

  • 1 à 3 lapereaux : 7 jours;
  • 4 à 6 lapereaux : 10 jours;
  • 7 lapereaux : 15 jours.

Il est à noter que la réceptivité des femelles varie au cours d’un cycle. Elles sont généralement très réceptives dans les 48 heures post-partum car le rapport œstrogènes/progestérone s’inverse, provoquant ainsi la mise-bas. La réceptivité décroît ensuite très rapidement. Elle est au plus bas entre 2 et 7 jours suivant la parturition. Les chances d’acceptation de la saillie sont ensuite maximales 72h après le sevrage (cf. graphique).

 

L’alimentation, un facteur clé à maîtriser

L’alimentation des mâles reproducteurs influence la qualité de la semence mais aussi la libido. L’ingestion volontaire d’un lapin mâle adulte (>5 mois) est d’environ 170g/j. Si un aliment assez bas en énergie est distribué, type engraissement, il est préférable de laisser les mâles à volonté tout en veillant à éviter un développement excessif de graisse qui pénaliserait les performances. Si un aliment type aliment maternité ou un aliment spécifique mâle est disponible, on peut mettre en place un rationnement (autour de 180 g/j) pour limiter leur état d’engraissement. Attention toutefois à ne pas limiter l’ingestion de façon trop importante car cela réduirait leur libido, le volume de leurs éjaculats et nuirait à la qualité des spermatozoïdes.

Chez les lapines reproductrices, un rationnement peut être mis en place pendant la phase de d’entretien et de gestation (minimum 150 g si uniquement gestante). Mais il est important de les nourrir à volonté dès le début de la lactation, car au cours de cette période leurs besoins sont multipliés par deux (minimum 350g si uniquement allaitante). Un déficit nutritionnel avant la saillie déprimera directement le taux d’ovulation et la viabilité embryonnaire. Un déficit autour du pic de lactation impactera lui négativement la production laitière et donc le poids et la viabilité des lapereaux.

 

Un aliment complémentaire pour soutenir ponctuellement la lapine

L’utilisation d’un aliment complémentaire très concentré (énergie, protéine, acides-aminés, vitamines, oligo-éléments) peut aussi améliorer les résultats de reproduction. Distribué de façon ponctuelle à des moments-clés du cycle il permet de soutenir les besoins de la lapine tout en ayant un effet flushing bénéfique. Le mode d’emploi conseillé peut être le suivant (à adapter suivant les élevages) :

  • au sevrage : pour soutenir la fin de gestation et améliorer la viabilité des lapereaux;
  • à la mise-bas : pour soutenir le démarrage de lactation et pallier la baisse de consommation;
  • un jour avant la saillie : pour améliorer la fertilité;
  • au pic de lactation (MB+17j) : pour améliorer la production laitière et donc la viabilité et le poids des lapereaux.

Ce type d’aliment complémentaire peut aussi être distribué aux mâles reproducteurs la veille de la saillie afin d’améliorer la qualité de la semence.

 

Cycler, séparer, éclairer pour induire la réceptivité des femelles

Les méthodes hormonales. L’utilisation d’hormones (ex : PMSG – Pregnant Mare Serum Gonadotropin) permet de cycler les femelles et d’augmenter leur réceptivité en favorisant l’augmentation du nombre de follicules pré-ovulatoires. Il est conseillé d’injecter la PMSG 48 à 60h avant la mise à la reproduction de la femelle pour être sûr de la maturité de ses follicules. Cette hormone peut servir de façon régulière pour des élevages présentant des problèmes de reproduction, ou ponctuellement pour recycler les femelles. Son usage devra se faire sur conseil et prescription vétérinaire.

La séparation ponctuelle de la mère et de sa portée. En rythme semi-intensif (saillie environ 10 à 15 jours après la mise-bas), il existe un antagonisme entre lactation et réceptivité. Dans une situation d‘allaitement libre, une séparation de 15 à 20h avant la saillie entre la mère et sa portée peut être une alternative à l’utilisation d’hormones pour susciter la réceptivité des lapines et améliorer leur productivité.

Le programme lumineux. La photopériode, et donc la saison pour les élevages en plein-air ou semi plein-air, a une incidence notable sur la réceptivité des femelles mais aussi sur les performances des mâles. La durée d’éclairement optimale est de 15 à 16h/jour. Pour des élevages qui ont la possibilité de contrôler la durée d’éclairement (élevages en bâtiment fermés), un flushing lumineux (16 h d’éclairement) effectué dans les 6 jours précédant la saillie favorise la réceptivité des femelles. Quelques jours après la saillie, repasser à 12 heures d’éclairement, de façon brutale ou progressive.

 

La saillie naturelle est chronophage et nécessite des interventions quotidiennes sur l’élevage (saillies, palpations, mises-bas, sevrage, commercialisation) ainsi qu’un nombre de mâles suffisants. Dans des élevages de taille importante (plusieurs centaines de lapines), l’insémination artificielle devient souvent incontournable pour permettre une meilleure organisation du travail. En France, elle concerne 96% des élevages professionnels (Itavi, 2013).

 

Par Marjorie Bouchier, spécialiste cunicole chez Techna (France) 

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