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Analyse

Le Nigeria va vers la terre promise agricole…

Publié le 19/04/2017 - 17:48
Le gouverneur de Lagos et son homologue de Kebbi lors de la signature du protocole. Photo : D. Aliyou

La joie était absente dans plusieurs foyers au Nigeria pendant les fêtes de fin d’année. Conséquence de la crise économique sans précédent que traverse la deuxième économie d’Afrique. La majorité des chefs de famille n’ont pas perçu de salaires depuis près de six mois, d’autres sont au chômage. À cela s’ajoute l’inflation qui avoisine les 19 %. Ce mauvais état économique du pays a entraîné la flambée des prix des produits alimentaires.

Cependant, l’État de Lagos, situé dans le sud-ouest et peuplé de plus de 20 millions d’habitants, fait exception à la règle. Les autorités mettent à la disposition de la population du riz vendu à vil prix. Le sac de 25 kg est vendu à 12 000 nairas contre 19 000 nairas, prix officiel du riz au Nigeria. Les habitants, qui ont salué cette baisse, prennent d’assaut les points de vente de ce riz appelé "le riz du lac". L’État de Lagos a réussi ce coup grâce au protocole d’accord que les autorités ont signé en mai 2016 avec l’État de Kebbi (nord-ouest) afin d’assurer la sécurité alimentaire.

 

Le partenariat Lagos/Kebbi : un franc succès

Ce protocole porte sur le développement des chaînes de valeur des produits alimentaires de base : riz, blé, arachide, oignons, maïs, sorgho et bœuf. À l’origine de ce partenariat : l’État de Kebbi. Il compte moins de trois millions d’habitants et est le deuxième plus grand producteur de protéines animales du pays, après l’État de Yobe. Kebbi est un État agraire qui compte plus de 1,2 million d’hectares de terres arables caractérisées par de très grandes plaines inondables propices à la culture du riz, du blé, du maïs et de la canne à sucre. Cependant, Lagos, et son importante population, consomme plus de 1 500 tonnes de produits alimentaires de base comme le maïs et le riz et 600 tonnes de viande de bœuf par jour. Cela alors qu’il ne produit que 12 % de ses besoins. La consommation annuelle de l’État de Lagos est estimée à près de 800 000 tonnes de riz, soit l’équivalent de près de 32 millions de sacs de 25 kg. 

Quelques mois après la signature du protocole d’accord, l’État de Kebbi a "inondé" Lagos de riz pendant les fêtes. Ainsi, le gouvernement fédéral, par la voix de son ministre de l’Agriculture, Chief Audu Ogbeh, n’a pas caché sa joie et a demandé aux autres États de suivre l’exemple de Lagos et Kebbi afin de mettre un terme aux importations de produits alimentaires. 

Il faut reconnaître que le succès du partenariat Lagos/Kebbi a confondu certains économistes qui avaient critiqué le président Buhari lorsqu’il avait mis l’embargo sur l’importation de certains produits alimentaires comme le riz. Cette mesure, considérée comme draconienne, a poussé les Nigérians à prendre des initiatives pour surmonter l’insécurité alimentaire. Hormis le partenariat Lagos/Kebbi, l’État d’Anambra (sud-est) a produit assez de riz pour la consommation de sa population en 2016, tout comme l’État d’Ebonyi situé aussi dans le sud-est. Ce dernier a d’ailleurs interdit la vente de riz importé. Une loi a été promulguée en ce sens. Face aux succès de ces États, les gouverneurs des sept États du nord-ouest ont décidé de former un bloc afin de prendre des initiatives qui leur permettront de combattre l’insécurité alimentaire dans la région.

Selon les dernières statistiques officielles, tous les secteurs de l’économie du Nigeria ont enregistré un déclin en 2016, excepté le secteur agricole qui a même connu une croissance de 4 %. Ce qui a fait dire aux observateurs que le Nigeria avance lentement mais sûrement vers la terre promise. Celle de faire de l’agriculture le nouveau pétrole du Nigeria.

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